Gilles
Bédard: À quel moment avez-vous pris conscience de votre attirance
pour les sons et comment se sont réalisés vos premiers contacts
avec la musique? Vangelis: Très tôt.
Je n'avais que 4 ans! Nous avions un piano à queue chez nous et cela me
fascinait. J'ai commencé à pianoter, à jouer et à
composer sans comprendre ce qui me poussait; cela me semblait complètement
naturel. Je l'ai fait spontanément!
On
dit que vous avez commencé à donner des concerts dès l'âge
de 6 ans. Est-ce vrai? Absolument! Je ne voulais jouer que mes propres
compositions! J'ai toujours refusé de suivre des cours de musique. Donc,
c'était déjà important pour vous de pouvoir vous exprimer
librement, sans contrainte académique? Cela vous a permis d'acquérir
une liberté beaucoup plus grande vis-à-vis de vos compositions,
voire de vos structures musicales? En effet! J'ai toujours senti instinctivement
qu'on ne pouvait apprendre à créer, ni enseigner la création.
Interpréter, oui, du Mozart ou du Beethoven, ou travailler une technique,
bien sûr. Je me suis donc créé une technique personnelle avec
laquelle je peux exprimer ce que je ressens. J'ai déjà donné
des concerts mais la composition est plus importante pour moi. |
Quels
sont les instruments que vous utilisiez dans votre studio? Tous
ceux que vous pouvez imaginer, et les percussions du monde entier.
Et
les synthétiseurs numériques? Vous savez, de par ma position,
de nombreuses compagnies me prêtent leurs appareils pour que je les essaie.
Tout n'est pas forcément bon, parce que c'est aussi une opération
commerciale pour eux. En général, je garde ce qui me plait. Faites-vous
votre programmation ou vous faites-vous aider? Je programme moi-même
mes synthétiseurs. Par contre, j'ai un assistant qui m'aide pour les enregistrements.
Heureusement, par ce que sinon je serais tout seul dans le studio et ce serait
triste (rires). Quelles sont
vos méthodes de travail? La spontanéité absolue,
selon l'inspiration du moment. Avez-vous
un instrument privilégié ou votre inspiration dépend-elle
de l'instrument que vous allez utiliser? C'est variable. J'enregistre
tout ce que je compose et je garde toujours la première piste.
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Où
puisez-vous votre inspiration? Le fait d'être Grec influence-t-il votre
musique? Est-ce le folklore traditionnel ou la musique populaire grecque qui vous
plaisent le plus? Je suis né en Grèce,
je suis imprégné de son climat, de son état d'esprit, de
ses traditions, de sa musique. Et pourtant, ce n'est pas le folklore que je retiens.
C'est une fusion entre l'Orient et l'Occident, sans frontières, sans coupures.
Pour moi, la musique est une et indivisible. Il n'y a que la langue qui change.
Est-ce à dire que vous ne
trouvez, par exemple, pas de différence entre le jazz et la musique africaine?
Non. Vous pouvez utiliser l'anglais ou le français pour exprimer
exactement la même chose: la forme change, le fond reste le même.
Il semble que vous cherchiez toujours à
emprunter le plus dur chemin. Est-ce systématique? Oui. Une fois
les premiers obstacles vaincus, tout devient beaucoup plus facile après.
Mais je veux aussi m'amuser. Et surtout être libre! Les maisons de disques
n'arrivent pas à comprendre ça. Je ne cours pas après le
succès: je veux faire ce que je veux, quand je veux. Si je me mets dans
l'idée d'être en tête de liste demain, je peux le faire. Je
n'ai rien contre le fait de vendre un million de disques mais ce ne sera qu'un
geste. Cela ne conditionne pas ma vie. C'est pour cela que j'ai constamment voulu
faire des choses différentes pour éviter ce succès. Cela
se fait malgré moi, en quelque sorte. Il
vous serait pourtant facile d'être populaire! Refaite donc Chariots of Fire
et le tour est joué! Votre musique inspire le calme, la détente
et influence presque le comportement. Qu'en pensez-vous? Pour moi, le
plus important est de ne pas forcer, de laisser librement venir l'inspiration.
Sentir les vibrations et se laisser aller. Lorsqu'on fait l'amour, c'est une chose
vraie et naturelle. Mon processus de création est un acte de respect envers
la Nature.
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Vous
êtres peintre aussi, je crois. Est-ce-que cela a un rapport avec la composition
musicale ? Je pourrais comparer cette situation
à un dialogue entre deux choses différentes, mais complémentaires.
Lorsque j'en ai assez de la musique, je me tourne vers la peinture et vice-versa.
Je trouve dans ce va-et-vient des sources d'inspiration extraordinaires! C'est
toujours la Nature, mais exprimée différemment. Mais la musique
est moins limitée que la peinture. Quand je compose, je sens mais je ne
vois pas. Pas de couleurs ou de paysages. Ce ne sont que des sensation. Je n'imagine
rien. La Nature, ce n'est pas seulement l'arbre ou la fleur. C'est le cosmos,
le microbe, l'énergie, les vibrations. ©
1998 Gilles Bédard |